La relation entre l’apparition des maladies zoonotiques émergentes et les menaces qui pèsent sur les écosystèmes et la faune : cas du COVID-19.

  L'émergence et la propagation mondiale de la pandémie de COVID-19 ont eu un effet considérable sur la santé humaine et l'économie mondiale.

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a rapporté que l’animal pourrait probablement être la source du coronavirus 2019 (COVID-19), responsable de l'infection de dizaines de milliers de personnes dans le monde et ayant mis à rude épreuve l'économie mondiale. Le réservoir animal du COVID-19 pourrait probablement être une sous-espèce de chauve-souris mais il est possible que le virus ait été transmis à l'Homme par un autre hôte intermédiaire, un animal domestique ou sauvage.

Bien que l'origine de la pandémie COVID-19 ne soit pas exactement connue jusqu’à présent, l’hypothèse qu’elle soit une zoonose (une maladie infectieuse ou parasitaire transmissible d'un animal vertébré à l'Homme) n’est pas encore infirmée. En effet, la majorité des maladies émergentes de manifestation récente sont d'origine animale et sont dotées, pour la quasi-totalité d'entre elles, d'un potentiel zoonotique. Des études scientifiques publiées récemment ont montré que les zoonoses représentaient environ 75% des maladies infectieuses émergentes affectant les humains telle que la maladie à virus Ebola, la grippe aviaire, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), la fièvre de la vallée du Rift, le syndrome respiratoire aigu soudain (SRAS), la fièvre du Nil occidental et la maladie virale de Zika.

Le rapport Frontières du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP) sur les problèmes émergents d'ordre environnemental paru en 2016 a montré que les menaces multiples et souvent interdépendantes qui pèsent sur les écosystèmes et la faune sauvage provoquent l’émergence des maladies zoonotiques. Ces menaces sont principalement liées à la perte et la fragmentation des habitats, le commerce illégal des espèces sauvages et, de plus en plus, les changements climatiques.

Le changement de vocation des terres constitue un facteur clé de l’émergence des maladies zoonotiques. La déforestation et la fragmentation des habitats augmentent les contacts entre les humains et les animaux, augmentant potentiellement les chances d’apparition et de propagation de zoonoses telle que l’épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest qui était le résultat de la perte et la fragmentation des habitats forestiers qui ont entraîné des contacts plus étroits entre la faune sauvage et les établissements humains.

L'érosion continue et sans cesse des espèces sauvages par le commerce illégal mené par l'être humain a rapproché de manière inconfortable des animaux et des plantes qui abritent des maladies pouvant atteindre les humains.

La dégradation de la biodiversité et des écosystèmes modifient la structure des populations d'animaux sauvages, entraînant de nouvelles conditions environnementales qui favorisent des hôtes, des vecteurs et/ou des agents pathogènes particuliers. L'interaction de l'Homme ou du bétail avec la faune sauvage les expose au risque de propagation d'agents pathogènes potentiels étant donné que le bétail servirait de pont épidémiologique entre les infections de la faune et de l'Homme.

Une crise, surtout de cette intensité, inspire la réflexion et soulève des questions difficiles. Au-delà de la tragédie humaine, la relation de l’humanité avec le monde naturel et l’impact de nos activités méritent d’être revu à fond. L'intégrité des écosystèmes pourrait contribuer à réguler les maladies en favorisant la diversité des espèces, de sorte qu’il serait plus difficile pour un pathogène de se répandre, de s'amplifier ou de devenir dominant. A cet effet, en raison de la nature interconnectée de toutes les formes de vie sur cette planète, un cadre ambitieux pour la biodiversité après 2020 ayant pour vision de vivre en harmonie avec la nature s’avère indispensable.

S’agissant du contexte de l'après-crise, et parallèlement au futurs plans de relance pour soutenir la création d'emplois, la réduction de la pauvreté et le développement et la croissance économique, une attention particulière devrait être accordée aux investissements verts, en l’occurrence les énergies renouvelables, le logement intelligent et les marchés publics écologiques, le tout guidé par les principes et les normes de production et de consommation durables. Une voie réfléchie et durable serait axée également sur une gestion saine des déchets médicaux et chimiques dangereux selon les normes de la biosûreté, une gestion durable de la biodiversité et des écosystèmes en s’investissant dans les solutions fondées sur la nature, une création des emplois verts et une transition facile vers un avenir neutre en carbone. Ces alternatives seraient la clé d'un avenir résilient et durable et contribueraient à la réalisation des objectifs de développement durable et aideraient à éviter l’apparition de nouvelles pandémies d’origine zoonotique dans le futur.

Par Hatem Ben Belgacem Ingénieur en chef, Sous-Directeur au Ministère de l’Environnement Point focal Gouvernemental de l’UICN