L’importance du respect des normes de biosécurité pour prévenir la dissémination des agents pathogènes : cas du nouveau coronavirus.


Au fil des semaines et des mois, des preuves indirectes s'accumulent en faveur d’une hypothèse stipulant que le nouveau coronavirus, désormais connu sous le nom de SARS-CoV-2, provenait en fait d’un laboratoire à haut confinement. Il semble que des scientifiques étudiaient un nouveau virus chez la chauve-souris en vue de développer probablement un vaccin contre le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), et suite à des mesures de biosécurité inadéquates, le virus s’est disséminé à l’extérieur du laboratoire. Une pandémie est alors née. Cette hypothèse incriminant des failles de biosécurité a été jugé peu plausible par la communauté scientifique internationale, mais elle n'est pas réfutée.

Le terme « biosécurité » (en anglais : biosafety) réfère à l’ensemble des principes, des technologies et des pratiques opérationnelles liés au confinement qui sont mis en application pour prévenir l’exposition non délibérée à des agents pathogenèse ou à des toxines, ou leur libération accidentelle. Quant au terme « biosûreté » (en anglais : biosecurity), il fait référence aux mesures de sécurité conçues pour prévenir la perte, le vol, l’utilisation malveillante, le détournement et la libération intentionnelle de matières infectieuses ou de toxines. Ces deux concepts ne sont pas indépendants l’un de l’autre ; ils sont plutôt complémentaires, car l’utilisation de bonnes pratiques de biosécurité sert à renforcer les mesures de biosûreté, et vice versa.

Une grande partie de la recherche dans le domaine dans la prévention et le traitement des maladies infectieuses implique l'étude des agents pathogènes (bactéries, virus) et des toxines. Ainsi, il existe un risque potentiel d'infection pour les chercheurs en laboratoire. En outre, il existe un risque que ces agents pathogènes s'échappent du laboratoire, et présentent ainsi une menace extrêmement importante à la fois pour la santé publique et l’économie nationale et/ou internationale.

Les agents pathogènes sont classés en fonction du degré de risque qu'ils représentent, tant pour les travailleurs de laboratoire que pour le public. L'évaluation dépend non seulement de la virulence de l’agent pathogène, mais aussi de l'existence ou non d'un vaccin efficace et / ou d'un traitement efficace. Selon la virulence évaluée, les agents pathogènes sont manipulés au sein de laboratoires de confinement. Le niveau de confinement exigé correspondant à un ensemble de paramètres de conception physique et de pratiques opérationnelles visant à protéger le personnel, le milieu de travail immédiat et la communauté contre toute exposition aux agents pathogènes. Normalement, il existe quatre niveaux. Le niveau de biosécurité 1 (BSL 1, Biosafety Level 1) ne suppose aucun risque mesurable et le niveau de biosécurité 4 (BSL 4, Biosafety Level 2) concerne les agents pathogènes les plus virulents pour lesquels il n'existe pas de vaccination efficace ni de traitement.

En dépit des efforts déployés pour promouvoir la biosécurité, la biosûreté et les bonnes pratiques de laboratoire, assurer le respect des mesures prescrites reste un défi de taille. Le personnel des secteurs où sont manipulés ou entreposés des agents pathogènes court le risque d’être exposés aux agents pathogènes ou aux toxines, et aux effets néfastes associés à une exposition. Le terme « infection accidentellement contractée en laboratoire » (ICL), est couramment utilisé pour qualifier les maladies associées aux expositions aux agents pathogènes au travail, à l’intérieur d’un laboratoire. Bien que les ICL soient rares, les incidents et les accidents de laboratoire surviennent fréquemment. Les principales sources des ICL sont les piqûres d’aiguilles, les procédures génératrices d’aérosols, les morsures et les griffures, et la défaillance d’un système ou d’un appareil de confinement. A titre d’exemple, un laboratoire à haut confinement (BSL 4) a tenté d'inactiver Bacillus anthracis, l'agent étiologique de l'anthrax, en utilisant une méthode non validée, puis a transféré l'échantillon à une installation de confinement inférieure (BSL2) pour une étude plus approfondie. Une semaine plus tard, il a été découvert que l'échantillon n'avait pas été complètement inactivé, ce qui a entraîné une exposition potentielle d'environ 80 travailleurs. Par ailleurs, plusieurs cas ont été rapportés au sujet d’ICL où un humain a été infecté par un agent pathogène zoonotique provenant d’un animal infecté ou porteur. Le risque de contracter une zoonose est présent lors d’activités avec des animaux expérimentalement infectés avec un agent pathogène zoonotique, ainsi qu’au cours d’activités incluant la manipulation d’animaux sauvages capturés, lesquels peuvent être infectés ou porteurs d’un agent pathogène indigène à leur milieu naturel.

En plus des risques directs encourus par les personnes qui manipulent des agents pathogènes, les personnes exposées peuvent présenter une menace pour la santé publique par la transmission des infections à d’autres personnes à l’intérieur ou à l’extérieur du laboratoire.

Ainsi, tous les incidents tels que la découverte d’une ICL, d’une exposition, ou d’une défaillance technique devraient être déclarés et enquêtées. Les données recueillies peuvent être utilisées par les professionnels de la biosécurité pour mieux comprendre et évaluer le risque associé à un agent pathogène donné ou à une activité de laboratoire en particulier. De même, l’information peut ensuite servir à améliorer les normes, les lignes directrices, la formation du personnel, l’équipement et les systèmes, et les bonnes pratiques en matière de biosécurité et de confinement, ainsi que les programmes de surveillance médicale (les recommandations en matière d’immunisation ou de traitement).

Malheureusement, les ICL sont souvent sous-déclarées. Ceci peut être attribué à de nombreux facteurs, notamment le manque d’intérêt ou de motivation du personnel à déclarer les incidents, particulièrement ceux qui mettent en cause un agent pathogène fréquemment utilisé, et la crainte de reproches ou de représailles. Par conséquent, l’efficacité d’un programme de biosécurité et de biosûreté, dépend avant tout de l’intégrité des personnes qui ont accès aux agents pathogènes. L'amélioration de la culture de confiance, d'intégrité et de responsabilité chez ces personnes réduira significativement les risques de biosécurité et de biosûreté. Par ailleurs, le renforcement des capacités humaines moyennant une formation continue et actualisée dans le domaine de biosécurité et de biosûreté s’avère actuellement indispensable pour prévenir les incidents et les accidents liés aux agents pathogènes et minimiser leurs conséquences néfastes sur la santé publique et l’économie internationale en l’occurrence l’éclosion d’une pandémie à l’instar de la maladie du COVID19. D’ailleurs, les nouvelles directives de biosécurité et de biosûreté de l’OMS (4ème édition), qui vont paraître au cours de 2020, supportent cette démarche.

  Dr. Raja CHALGHOUMI, Maître-assistant microbiologiste, ESA Mateur-Université de Carthage, Professionnel certifié en Gestion des Risques Biologiques et Biosûreté