La société civile et les migrants subsahariens face à la pandémie de coronavirus en Tunisie .

  Depuis le début de la pandémie du Covid19 et avec les mesures de confinement prises par les autorités, nombre de Subsahariens,en Tunisie, ont perdu leurs sources de revenus. Cette situation de précarité absolue a inquiété, aussi bien les autorités tunisiennes, que la société civile  qui s'est fortement mobilisée pour leur venir en aide.

Solidarité Laïque Tunisie, dans ce cadre, s'est engagée, activement, grâce à ses membres dans la lutte nationale contre la propagation du virus, en soutenant différentes initiatives et actions associatives dans différentes régions de la Tunisie, en faveur des populations les plus démunies. Ainsi, Solidarité Laïque Tunisie s'est engagée aux côtés de l'association BY LEHWEM qui agit, du côté de Bhar Lazregu ( quartier populaire de la banlieue nord), pour les migrants subsahariens en Tunisie. 

Oussama  Bouagila, actuel président de By Lehwem a répondu à nos questions afin de nous éclairer sur la situation de cette communauté.  

 

 Une majeure partie des actions a été destinée aux médecins et au corps médical, aux opérations de désinfections etc. ... Comment avez-vous décidé de cibler la communauté subsaharienne ? Était-ce un choix ou une réalité imposée par le contexte ?

L’association « By الحوم? », plaide pour les Droits économiques et sociaux en se basant sur approche culturelle et artistique, elle défend la liberté de circulation et lutte contre tout type de discrimination dans ses missions. Notre travail a commencé auprès de la communauté subsaharienne depuis l’année 2017 avec l’organisation des focus groupes sur l’accessibilité des subsahariens aux droits, ce qui nous a permis de mener un diagnostic communautaire participatif permettant le lancement de tout un travail de documentation des violations exercées sur la communauté, son intégration ainsi que l’organisation des activités de plaidoyer au niveau local et national dans le cadre de notre département de la liberté de circulation. Tout ce travail a été bien consolidé avec l’ouverture de notre siège à Bhar Lazreg, depuis janvier 2019.

En s’appuyant sur cette brève présentation, on admet que le fait de cibler cette communauté s’inscrit dans le cadre de la stratégie et les lignes directives de notre association.

 Est-ce que vous avez eu le soutien des autorités locales ? Si oui, comment ?

Dès la Propagation du Covid 19, L’association « By الحوم? », a ouvert son siège à bhar lazreg pour collecter tout type de don qui seront par la suite distribué aux personnes nécessiteuses. La mise en œuvre de cette activité a été réalisée en partenariat et en étroite collaboration avec les municipalités de la Marsa, de Soukra et de Raoued à travers :

- L’élaboration d’une liste commune des personnes nécessiteuses.

- L’orientation mutuelle des bénéficiaires.

Il est à noter que la municipalité de la marsa a mis à notre disposition des véhicules pour assurer la distribution des dons collectés au profit de la communauté qui réside en dehors du bhar lazreg.

 Au-delà de cette crise, quelles seraient les actions urgentes à entreprendre pour préserver les droits de cette communauté ?

Au-delà des actions de solidarité liées aux besoins créés par cette crise actuelle soit au niveau sanitaire ou sociale, nous affirmons qu’il est primordial d’élaborer une stratégie nationale en faveur des migrants conformément aux normes internationales.

Cette crise peut représenter une opportunité pour penser à la révision de l’arsenal juridique tunisien, notamment la loi liée au séjour, le code du travail qui est strictement restrictif par rapport au travail des migrants, tout en mettant en exergue que la Tunisie n’a pas encore ratifié la convention relative au travail des migrants.

Le coronavirus est une pandémie planétaire qui n'a épargné aucun pays. Quelles sont les répercussions sur les activités et le fonctionnement de votre association et de vos bénévoles ? (mesures de protection, budget etc.)

Au fait, il y a eu une adaptation au niveau de nos activités qui sont maintenant axée sur la crise sanitaire que connaît le monde. Le nombre de notre staff, intervenant sur terrain et des bénévoles a doublé pour assurer au mieux les actions. Nos besoins financiers se sont accrus par la création d’affiches, de spot de sensibilisations aussi dans l’acquisition de nouveaux ordinateurs, de téléphones, de cartes de recharges téléphoniques, et la rémunération des honoraires nos intervenants sur terrain.

Un grand problème ne cesse de se manifeste, souvent lié aux risques d’expulsion des subsahariens de leurs maisons, à ce niveau nous avons créé une Commission de Médiation Citoyenne qui rassemble 4 membres : dont deux tunisiens et deux subsahariens ayant un poids au sein de leurs communautés. Cette commission interviendra au cas où des problèmes se manifestent pour jouer un rôle de médiation et d’intermédiation, tout en garantissant le droit des personnes concernées d’accéder à la justice. Cette commission intervient en ce moment pour éviter l’expulsion des subsahariens, toutefois son travail nécessite plus de soutien qui est notamment un soutien financier.

Comment décririez-vous la situation des subsahariens en ce moment en Tunisie ?

La situation des subsahariens en Tunisie est très précaire car certains n’arrivent pas à répondre à leurs besoins quotidiens et d'autres sont expulsés des maisons, puisqu'en majorité ils sont des travailleurs journaliers.

Malgré les efforts fournis , dont notre collaboration avec Médecins Du Monde, beaucoup de personnes nécessitent encore un suivi médical…et il y a même des femmes enceintes presque à terme qui n’ont jamais fait de consultation prénatale ni d’analyses nous rapporte nos intervenants sur terrain.

Est-ce que les tunisiens ont répondu présents à vos appels de dons et de mobilisation ?

L’élan de solidarité tunisien envers les subsahariens est remarquable et à saluer, elle ne concerne pas que les dons, plusieurs tunisiens ont répondu favorablement à notre appel et ils ont mis à notre disposition plusieurs outils (véhicules…) certains d’entre eux ont rejoint notre équipe de distribution sur terrain.

Cependant la demande s’est accrue et nous lançons encore des appels pour mieux répondre  aux besoins de la communauté subsaharienne.

 Enfin, quel message  vous voudriez passer et aux subsahariens et aux tunisiens ?

Cette crise nous a rapprochés et a brisé les barrières discriminatoires et nous tenons à cet égard à mettre en valeur la solidarité mutuelle entre subsahariens et tunisiens, nous somme en train de documenter beaucoup d’actions humanitaires de solidarité (Subsahariens qui partagent leurs dons reçus avec leurs voisins tunisiens, Tunisiens accueillant des subsahariens dans leurs maisons et fournissant l’aide alimentaire…).

Restons solidaires, restons Uni.e.s  

Pensez autrement …Aidez sans cesse !